Chantage affectif


« Restons ensemble, pour les enfants... Au moins pour les enfants Ayleen..., ok?
-you want we stay together... for the kids?! »
Ayleen n'en cru pas ses oreilles. Il lui demandait ça, a elle. Il invoquait les enfants, leurs enfants, leur progéniture comme prétexte, pour qu'ils restent ensemble. C'était une supplication plus égoïste qu'autre chose. L'horrible manigance de son mari lui sauta aux yeux. Ainsi il osait, il osait prendre les enfants à témoins pour la garder auprès de lui. Ayleen sentit des larmes de rage monter dans ses canaux lacrymaux. Elle avait envie de le gifler, de le trainer par terre, qu'il tombe et ne puisse se relever, que son horreur lui saute aux yeux. Qu'il se rende compte de sa médiocrité.
Elle ne le gifla pas. Ne l'envoya pas balader. Prononça seulement un « bien... » qui se voulait agressif mais qui ne fut qu'un murmure et elle s'engouffra dans la chambre conjugale. Referma la porte et la vérouilla. Solitude. Il lui fallait rester seule quelques temps. Faire le point. Son mari venait de montrer son mauvais fond, sans même s'en apercevoir. Elle avait été la seule à le voir. Voir cette hypocrisie au fond de ses pupilles. Ces yeux qu'elle avait si longtemps vu comme une merveile de douceur, de franchise, ils venaient de lui prouver à quel point elle avait raison de vouloir partir. Elle demanderai la garde des enfants, ce qu'elle ne comptait pas faire au premier abord. Mais après ça, c'était obligatoire. Il avait voulu lui faire du chantage avec les enfants qu'ils avaient eut ensemble. Il avait voulu en faire des produits, des appâts. C'était un père atroce. Il ne les aimait pas plus que son boulot. Ils n'étaient que des jouets de plus, des jouets destinés à garder auprès de lui celle qui les avait enfanté. Elle qui pensait qu'il les adorait, qu'il ferai tout pour eux... son erreur lui coupait la respiration. Elle sortit son énorme valise du placard et l'ouvrit sur le grand lit. Un lit qu'il lui avait offert pour l'un de ses anniversaire. Un appât ça aussi. Il avait cru que des cadeaux feraient l'affaire face à une tendresse qu'il était incapable de fournir 24/24h. Il n'avait pas été présent everytime, il l'avait été suffisament pour qu'elle l'aime un peu, pour élever les enfants. Ce lit avait été un appât lui aussi. Leur relation n'avait marchée qu'à sens unique, elle s'en rendait compte. Seule la perspective de rendre une femme heureuse et qu'en plus ce soit une belle femme, cela seul avait été sa motivation. Il avait pu l'avoir à son bras dans les conférences, il avait pu faire photographier son sourire heureux et s'en vanter... c'était tout. Elle n'était que marketing et s'en était rendue compte depuis longtemps. Avait décidé d'en finir, de lui laisser les enfants, personnes qu'il paraissait aimer plus que tout, réellement pour une foi. Mais non, même ça c'était interessé. La valise sur le lit king size apparaissait minuscule, pourtant elle pu y fourrer tous ses vêtements accumulés depuis tant d'années. Maintenant il s'agissait de prévenir les enfants et de partir. Sans croiser cet homme qui était certainement posté derrière la porte, prêt à encore lui faire du chantage. Heureusement qu'elle avait son portable. Comment allait réagir les enfants? Ils allaient la détester de quitter ainsi ce monde de luxe et d'amour qu'ils avaient toujours connu. Ils allaient lui en vouloir de quitter son père, de le laisser seul, surtout qu'il allait être desespéré. Ils allaient l'accuser de toutes les fautes immaginables, mais elle était prête, pour eux. Il le fallait. Ils n'étaient que des objets pour leur père. Mais il ne fallait pas leur dire, il ne fallait pas dire du mal de leur père aux enfants, elle seule devait porter le fardeau de sa haine, pas eux. Ils devaient continuer à le prendre en héro, à l'aduler, elle ne devait pas casser leurs rêves d'enfants, elle leur devait bien ça. Elle appela sur le portable de sa fille. L'aînée. Elle comprendrait ce qu'il fallait faire, écouterait sa mère et la questionnerai après, Sylvenn était comme ça, sage et réfléchie. Elle saurait réagir comme c'était nécessaire. La tonalité retentit, Ayleen sentit ses entrailles se nouer devant les questions de sa fille, devant la nouvelle à annoncer, devant... devant tout ce changement qu'elle allait opérer dans leur petite vie tranquille. À cause d'elle et de son maudit besoin d'amour véritable, pas d'interêt calculé. Elle était égoïste. Sylvenn décrocha et la culpabilité d'Ayleen s'évapora. « allo maman? Mais qu'est-ce tu fous? Were're waiting you depuis un quart d'heure au moins! On est à la voiture, grouille-toi... dire qu'il a voulu te faire chanter avec nous comme excuse... t'as mis du temps à faire ta valise maman, même tes enfants sont plus clever than you! So, do quickly before he knows we're leaving home... ».

# Posté le dimanche 02 mars 2008 15:07

Pour le progrès de la science



Une foi de plus un soupir sort de ses narines. C'est la seule chose qu'elle puisse faire, alors elle le fait avec délectation. C'est merveilleux, c'est la seule chose qui la fait se sentir vivante alors elle en abuse. C'est normal... Ces gens sont atroces. Atroces. Atroces. Le mot résonne dans sa tête, dans sa tête pleine de songe, elle sait que le jour où ses pensées s'amenuiseront, où elle n'aura plus rien à quoi penser elle deviendra folle. Mais pas folle à lier: elle ne peut rien faire d'autre que respirer, c'est un fait. Elle l'avait constaté le lendemain de l'opération, ils avaient eu la bonté de l'anesthésier, pour qu'elle ne flanche pas pendant la torture certainement. En tout cas, ça n'avait pas été quelque chose de très agréable. Elle avait voulu tendre la main, se lever et tambouriner contre la porte. Mais rien. Cerveau-main, cerveau-jambes, rien. Aucun signal. La main ne répond pas, les pieds non plus. Son corps est inerte.
Elle ne s'en était pas rendu compte sur l'instant, pensant avoir les yeux collés par le sommeil. Mais non. Rien de ça. Et encore, ils avaient été gentils, ils auraient pu seulement lui coudre les paupières sur les joues pour qu'elle aie en plus la torture de ne pouvoir se libérer, comme pour la bouche en fait, mais non, ils avaient fait ça moralement: ils lui avaient atrophié la rétine. Les tympans aussi, elle s'en était rendu compte plus tard. La dernière chose ça a été la bouche. Bizarrement, elle n'avait voulu ouvrir la bouche pour hurler son desespoir qu'après le reste. Elle avait voulu desserer les lèvres, crier. Mais les lèvres collées, impossible de les desserer et les cordes vocales probablement coupées, elle ne pouvait émettre un son. Impossible de voir ce qui lui était arrivé, ni voir ni toucher. Ni même sentir. Pour une inexplicable raison elle ne sentait plus rien. Quelques heures plus tard lui vint cette conclusion, elle ne sentait pas l'air alentour, elle ne sentait pas de douleur, elle ne sentait plus rien. Seuls lui restaient sa pensée et ses narines. Pas d'odeur non plus: ils avaient insensibilisé ses sinus, elle était un légume. Une plante. Véritable cactus. Sans les piquants. Vulnérable, morte en fait. C'est une torture digne des camps de concentration de 1940, elle est sure qu'ils n'ont même pas eu cette cruauté les nazis, enlever toute sensation d'un corps. Ne lui laisser que de quoi vivre, de se nourrir par perfusion, aucune chance de se suicider (même pas se mordre la langue: elle ne peut bouger la bouche, la langue probablement coupée aussi...). C'est une torture encore indédite, et abominable. Pire que l'esclavage, pire que l'écartelement, pire que le bûcher, pire que... plus rien ne lui vient, le sommeil s'empare de son esprit. Même pas la mort, le sommeil seulement. Son horloge interne s'est arrêtée aussi, elle n'a aucune idée du temps passé ici, du temps qui s'écoule. Seulement rattrapée par le sommeil et les idées. Ses ruminations qui la sauvent encore un peu. Mais la sauvent de quoi? Être folle ne serait-il pas une libération en soit? Peu de chances...
ils ne savent pas la chance qu'ils ont ces gens au-dehors, de pouvoir regarder le monde, contempler les paysages, parler entre eux, rire aussi. Ça c'est quelque chose qui lui manque considérablement, le rire. La solitude au bout d'un moment on s'y fait, mais le rire... ne plus pouvoir rien sentir aussi. Même la douleur elle aurait aimé.
En fait c'est à une vie sans poésie aucune à laquelle elle est condamnée. Ne sentant plus rien elle ne peut plus rien penser des gens, de leur nature, de la nature. Sa mémoire est endormie, les panoramas vus dans sa vie ne lui viennent plus, ils sont enfouis dans sa mémoire vive. Sa mémoire vive étant aussi éteinte que son corps, elle ne peux même pas s'y réfugier. C'est horrible. Que penser alors? Penser à ces hommes, ce ne sont d'ailleurs surement pas des hommes, un homme ne ferai pas une horreur pareille à un de ses semblables. Mais elle sait que si. C'est purement humain tout ça. Ils doivent avoir comme pretexte la science, le progrès, voir combien de temps tient une femme sans aucune ressource. Dans la pièce d'a côté il doit y avoir un homme sur lequel ils ont effectué les mêmes opérations, c'est une course, voir qui de l'homme ou de la femme tient le plus longtemps. Ils doivent être certains qu'elle va flancher avant, que sa volonté va être la plus forte, que l'idée de mourir va tellement l'obnubiler que la mort elle-même va venir la chercher, va avoir pitié de son être mendiant... certainement d'ailleurs c'est ce qu'il va se passer. L'homme à côté finira aussi par comprendre et le fera, la mort sera clémente aussi et viendra à lui. Peut-être même pense-t-il exactement pareil qu'elle à ce même instant. Peut-être aussi n'y a-t-il pas d'homme dans la pièce à côté, peut-être sont-ils des milliers de tests humains, « pour la science! ». Mais elle n'a jamais demandé à se sacrifier, elle n'a même pas de carte attestant de son envie d'offrir son corps à la science lors de sa mort. Ça lui a toujours parut morbide, sa soeur l'a cette carte. Merde. Peut-être sa soeur aussi est dans le même état?
Voir une montagne, voir la mer, sentir l'odeur de la mer... qu'ils ont de la chance ces gens dehors!! peut-être même est-elle dehors, elle ne le saura jamais, elle ne peut pas le savoir. Personne ne peut le lui dire qui plus est. Vu qu'elle est coupée du monde. Pour la comprendre il faudrait peut-être tacher d'entrer dans sa cervelle, ou alors inventer un code avec ses narines. Une respiration = A, deux = B, trois = C. mais ce serait fatigant, elle ne tiendrai pas plus de 10 lettres. Atroce, atroce, atroce...
et les sentiment, la joie, la peur, l'amour, l'amitié, la haine, l'envie, la jalousie, le désir... même l'envie n'arrive pas à la posséder assez pour qu'elle la ressente. C'est terriblement... atroce, atroce, atroce...

# Posté le dimanche 02 mars 2008 15:06

Déguisement découvert.



J'ai reçu une lettre, il y a un mois, je crois. Arrivée par erreur, maladresse de facteur, comme souvent. Mon nom est tellement courant... Le plus souvent je les rends à la postière, mais là j'ai eu la flemme, j'étais en plein dans mon film, j'ai pas eu le courage de lui courir après. Alors j'ai ouvert la lettre, je me suis interessé à la vie d'autrui. Après mon film bien entendu. Je regardais « la mauvaise éducation », il était temps! Vraiment génial ce film. Pourquoi ai-je lu la lettre? Peut-être n'avais-je rien d'autre à faire, peut-être l'enveloppe était-elle exhaustive, en tous les cas je l'ai ouverte. Proprement, comme si elle m'était destinée, avec mon coupe-papier en bois taillé. J'ai sorti la lettre de son enveloppe sans regarder qui était le véritable destinataire, j'ai jeté l'enveloppe dans ma poubelle à papier et j'ai entamé ma lecture. C'était l'écriture d'une adolescente, qui se cherche apparement, elle n'avait pas confiance en elle vu l'italique de ses caractères. Vu le manque de droiture de ses lignes, les mots coupés, oubliés. Une ado comme on en voit souvent donc. Elle avait pourtant une écriture mignonne, les M se confondant avec des W, une écriture comme on apprend à la primaire, un peu stylisée. Le manque d'assurance apparaissait dès le premier coup d'oeil, certainement étais-je plus à la page de tout ça , étant déjà graphologue... Elle ne parlait pas énormément d'elle, de ses faits et gestes beaucoup, mais pas de ses sentiments. Elle écrivait à un ami apparement, Anton. Peut-être bien en était-elle amoureuse me dis-je. Elle parlait beaucoup de lui, des qualités qu'elle lui trouvait. Sa signature indiquait qu'elle s'appelait Olivia. Elle était à la montagne, skiait « comme une folle », s'occupait de petits, elle était donc dans une colo, elle ne faisait aucune faute, utilisait des mots plus ou moins littéraires, sa culture était évidente. Ce n'était pas pour ainsi dire une lettre de détresse mais il était clair qu'Anton avait interêt à répondre expressément à la cursive s'il voulait préserver le peu de confiance qu'il restait à la pauvre adolescente. Elle faisait quelques références à des lectures, en conseillait quelques unes. Je n'avais pas encore lu ces livres et décidait de m'y atteler sur le champs. De plus il fallait que je réponde à la lettre. L'adresse de la colo était indiquée en haut à gauche de la lettre, à l'ancienne. J'ai patienté quelques jours avant de m'y mettre: j'ai lu les livres qu'elle conseillait. En effet ils s'avérèrent très bon et je décidai de correspondre avec elle quelques temps, jusqu'à ce qu'elle se sente mieux dans son enveloppe charnelle du moins. J'ai donc tapé une réponse, avec quelques mots d'argots, des réponses évasives aux questions qu'elle posait et des descriptions de faits fictifs (j'avais eu mon neveu en garde pendant quelques jours, j'en pris l'exemple) à l'ordinateur elle ne reconnaitrait aucune écriture, j'étais couverte. J'ai donc envoyé et j'ai reçu une réponse une semaine plus tard, en rentrant du boulot. Elle disait qu'elle était bien contente que les livres m'ai plu, qu'elle s'entendait très bien avec les enfants et qu'elle avait des vues sur un de ses collègues. Ce à quoi le destinataire devait être censé répondre par de la jalousie je pensai. Dans ma seconde réponse j'en ai donc mis une once, juste ce qu'il fallait. J'ai lu d'autres livres conseillés et ma foi, ils furent fort bons. Donc je lui ai dit qu'elle avait un merveilleux goût pour les livres et que j'en voulais encore. Encore un récit de faits et gestes et je terminai par un timide compliment. La troisième lettre était déjà plus assurée et je me suis dit que ma mission serait bientôt remplie. Je continuais de recevoir ses lettres parce que je lui avais annoncé passer quelques semaines chez ma présumée tante qui habitait à mon adresse bien entendu. Elle me demanda donc des nouvelles de ma chère tante et je lui dis qu'elle était fort désagréable. Olivia trouva cela risible et ne demanda plus de nouvelles de la pauvre parente. Par contre Olivia sortait avec ce collègue dont elle avait parlé dans sa seconde lettre et ses caractères me semblèrent avoir retrouvé de leur assurance. Peinée de devoir bientôt cesser cette histoire amusante j'en rajoutai un peu trois tonnes, lui envoyant de longues lettres pleines de récits fantastiques, Anton s'amusait très bien d'après moi. La dernière lettre qui m'arriva me causa beaucoup de chagrin, Olivia venait de recevoir une lettre de son ami Anton et m'incendiait, me traitant de vieux pervers, de sale égoïste, de profiteur, de sans-ami, elle était persuadée de ma masculinité. D'un autre côté son écriture dans cette dernière cursive était parfaitement assurée, la jeune fille en quelques semaines avait reprit du poil de la bête et je me dis que c'était un peu grâce à moi. Enfin, après ses engueulades elle me demandait tout de même si j'avais réellement lu et aimé les livres conseillés. Cela me fit sourire, je ne demandais que ça. Encore mieux, mais ça je ne le vis qu'à la quatrième lecture, je relisai pour m'assurer qu'elle n'avait plus besoin de mes services, je m'aperçue qu'elle avait dressé une liste de bouquins à lire au dos du feuillet. Pas si rancunière la petite. Je lui ai répondu mais n'ai pas eu de réponse, fallait s'y attendre...

# Posté le dimanche 02 mars 2008 15:04

Intrusion inopinée dans la correspondance d'autrui




Il y avait un mois qu'elle l'avait reçue. Le facteur s'était trompé, c'était la première foi que ça lui arrivait. Ça lui avait fait tout drôle de recevoir comme ça une lettre qui ne lui était pas dédiée. Surtout qu'elle n'avait pas fait gaffe à l'adresse au départ, elle avait simplement déchiré l'enveloppe et hop! À la poubelle! Elle s'en mordit les doigts d'ailleurs, après coup « merrrrde....! je peux même plus la faire suivre, j'ai plus l'adresse! Roxanne, t'es trop co*ne! » n'empêche que la lettre l''intriga plus qu'autre chose. Normal, c'est pas toujours qu'on tombe sur un billet qui donne des ordres... pas un chose militaire non, plutôt un jeu. Elle eut envie d'y jouer, ça sonnait bien... bonne idée s'était-elle dit. Un garçon avait écrit, c'était certain: l'écriture était presque illisible, heureusement qu'elle avait Titouan comme ami, parce que lui, pour déchiffrer ses pattes de dindon, fallait y mettre du sien! Un instant elle se prit même à envier le véritable destinataire, il avait bien de la chance de connaître quelqu'un d'aussi marrant que l'expéditeur... elle aurait bien aimé que Titouan ou un autre lui fasse un jeu de piste via la poste!
M'enfin, c'était le destin, elle avait eu du pot que ça tombe dans sa boîte à elle. Même si elle mit un mois entier avant de se décider à s'y mettre, elle était drolement contente de l'avoir reçue! Dès que son emploi du temps se déchargea, elle entreprit de suivre à la lettre les indications: « va au cinéma, prend une place pour Juno, met des lunettes noires et une jupe rouge. N'oublie pas les maltesers et ne fais pas de bruit en les mangeant, ça dérangerai trop tes voisins! Quand c'est fini, avise une nana qui a l'air sympa et parle lui du film. Si elle s'avère réellement sympathique, invite-la à prendre un café avec toi, sinon, trouve quelqu'un d'autre. Il faut que tu rencontre une femme de préférence brune, les cheveux ramenés en un chignon, un beau sourire. À la prochaine! G. » Roxanne releva les yeux du feuillet et pouffa, c'était vraiment étrange comme mission... tadadam! Elle se transformait en Bond, Roxanne Bond! Sa blague ne la fit pas plus rire que le lecteur et elle fonça vers son armoire pour y rechercher une jupe rouge. Elle en avait une et l'enfila sur le champ. Sans prendre le temps de vérifier les horaires elle mit ses lunettes de soleil et galopa vers le premier cinéma qu'elle vit. Juno passait bien, la guichettière lui tendit un billet, comme par magie. La vendeuse de boisson et bonbons lui offrit un sachet de maltesers avec un sourire entendu et elle entra dans la salle de projection, interloquée. Elle s'assit n'importe où, pourvu qu'elle puisse voir l'écran et se plongea dans sa contemplation, sans penser à autre chose qu'au film qui fut génial. Effectivement elle mourrait d'envie de discuter de ce chef-d'oeuvre avec quelqu'un, de nature extravertie elle n'avait aucun mal à aborder les gens. Le plus dur était donc de trouver cette femme avec un chignon et un beau sourire. Dur dur...!
scrutant la foule qui sortait de la salle elle dénicha la perle rare et l'attrapa par le bras, certaine qu'elle aussi serait au courant de la machination. Mais non, pas du tout, la jeune-femme fut très surprise d'être ainsi aggripée dans un cinéma. Roxanne s'excusa vivement ce qui déclencha le sourire radieux de la fille. Génial! C'était celle qu'il lui fallait. Elles discutèrent un peu du film et partirent boire un café, comme si ça allait de soit. La femme s'appelait Eva, elle avait deux ans de plus que Roxanne et faisait des études de sociologie. Merveilleux. Roxanne lui raconta l'histoire de la lettre et le pourquoi du comment de leur rencontre fortuite, Eva parut enchantée du hasard qui s'était passé: c'était la première foi qu'elle s'essayait au chignon. A aller seule au cinéma également. Bras-dessus bras-dessous les deux jeunes femmes s'en allèrent promener, elles s'entendaient très bien et comptaient bien passer le reste de la journée ensemble, et pourquoi pas garder contact?
Titouan ce jour-là appela en vain chez Roxanne, elle ne rentra que le soir très tard. Il la pardonna très vite son absence lors de sa rencontre avec la nouvelle amie de son amie: il tomba raide dingue d'Eva et quelques années plus tard ils se marièrent, mais ça, l'histoire ne le dit que très rapidement (si vous y tenez tant, ils eurent même deux enfants !)
ce qui compte c'est qu'une semaine plus tard Roxanne eut l'heureuse surprise de trouver une autre missive inattendue dans sa mailbox. L'adresse n'était effectivement pas la sienne mais celle d'une « Satine Corico, 59 chemin du plus que parfait, 'code postal' Polonie. » Rien a voir donc avec l'adresse de Roxanne qui habitait rue des saules rouges, dans la capitale. Pas du tout un petit village au nom aussi obscur que « Polonie »! Mystère et boule de gomme. Une farce du facteur? Il en était bien capable... Sauf qu'elle l'aurait reçue plus tôt, c'était donc une nouvelle erreur. Mais ça l'amusait donc elle n'en fit pas plus cas, elle l'ouvrit malignement. Tant pis pour la Satine, elle en avait surement reçu d'autre, celle-ci lui était destinée par le hasard, la chance et le facteur farceur ou pas. Elle avait le temps donc l'étudia tout de suite, pressée d'une nouvelle aventure farfelue. « va à la fête foraine, n'importe laquelle mais vas-y. Monte dans la grande roue, fait du manège, ceux qui font gerber plus spécifiquement. S'il y a une plage près de la fête foraine, dors-y, sinon dors dans le premier parc que tu rencontre en partant tout droit. N'oublie pas ton baladeur ni tes sous. Chante du mieux que tu peux dès que la roue stoppera sa course, good luck! G. »
c'était quoi G. d'abord? Une initiale, un pseudonyme, un surnom? Et Satine? C'était étrange comme prénom. Cette foi pas de rencontre de prévue, dommage. Elle prévint Titouan qu'elle ne serait pas là du week-end et partit en quête d'une fête foraine. Par chance il y en avait une à quelques kilomètres, elle s'y rendit à pied « pour faire du sport et raffermir les mollets, ha! » de bonne humeur. La nuit tombait vite, elle du payer son entrée dans le manège « qui fait gerber », dommage... Elle en eut effectivement la nausée et descendit sitôt le premier tour terminé, jamais plus! Des gamins la montrèrent du doigt quand elle dégueula dans l'herbe et elle se sentit très peu ragoutante. En plus elle devait puer à présent. Elle se dirigea vers un stand de friandises et un forain l'examina, vit qu'elle portait encore la jupe rouge certainement, et lui tendit indifférement une pomme et un donut. Sympa! Elle se risqua à lui lancer un sourire radieux qu'il ne vit pas puis poursuivi son cheminement à travers les stands et les manèges. Elle tira à la carabine, perdit tout mais gagna par la seule force de son charme exubérant une énorme peluche de Dumbo. Formidable! Mais son altruisme l'emporta sur sa joie quand elle vit un bambins sangloter en disant qu'il aurait tellement aimé avoir le même à un papa incompréhensif. Le garçonet lui sauta au cou, lui laissant une longue trainée de bave sur la joue. Un véritable escargot, berk berk!
La grande roue était là, elle n'eut pas à payer l'entrée. Bon. Elle n'avait jamais su chanter, n'avait jamais essayé surtout. Alors quand la roue stoppa sa course elle eut beaucoup de mal à sortir quelques sons de son gosier. Mais ça sortit. Elle se boucha les oreilles et hurla sans le savoir, un air de Nirvana, Polly :
« Polly wants a cracker
I think I should get off her first
I think she wants some water
To put out the blow torch
...»
les têtes se tournèrent vers elle mais elle ne les voyait pas, ses yeux étaient perdus dans le lointain. Elle n'avait jamais entendu cette chanson. Peut-être quand elle était petite, peut-être aussi avant de naitre, mais jamais de sa propre volonté d'écoute. C'était étrange que ça sorte maintenant...
Une fusée de détresse la ramena à la réalité, elle se tut. Ignorer les gens qui la regardaient avec surprise s'avéra plus dur qu'habituellement. Parce qu'elle n'avait pas pour habitude d'hurler une chanson qu'elle ne connaissait pas sans doute. Elle trouva très vite un parc dans les environs et s'aménagea une place dans l'herbe. Tranquillement elle ôta sa veste pour s'en faire une couverture et envisagea de s'endormir. Entreprise mal-aisée, les bruits de voitures, de cris de joies venant de la foire, d'autres des appartements avoisinants, le sommeil était pratiquement impossible. Elle abandonna finalement le coin qu'elle avait choisi pour roder dans le parc. C'était un grand parc, elle avançait dans la pénombre, se cognant plus d'une foi à un arbre ou un banc. C'était grandiose. En définitive elle décida de retrouver son coin pour s'y laisser dériver, quitte à ne pas dormir de la nuit, au moins rêver éveillée! Mais elle tomba sur un homme, il apparut au détour d'un virage, elle ne le vit pas et le prit en pleine poire. Il était plus grand qu'elle et Roxanne se cogna sur son plexus. Elle leva lentement les yeux, un pressentiment terrible la saisit « et si c'était un violeur, un tueur, un psychopate, ou G. ? » l'homme lui sourit et recula un peu. Elle hésita entre détaler et s'en faire un ami, resta.
« -Tu n'es pas Satine. » il disparut dans la nuit, comme dans un film d'horreur, sauf qu'elle savait qu'elle l'avait déçu, il ne reviendrait pas et le facteur ne ferait plus de farces douteuses. Le pot aux roses était découvert. Too bad. La fatigue engendrée dans la soirée était immense, vomir et faire des manèges, chanter à gorge déployée et se cogner contre des arbres et un homme qu'on connait sans savoir c'était éreintant. Elle se pelotenna dans sa veste et s'endormit aussitôt. Le camion poubelle la réveilla et elle rentra chez elle en footing, fière de son aventure quand même.
Depuis, quand elle s'ennuie et que l'envie lui prend de faire des trucs sans queue ni tête, elle imagine une suite d'actions à accomplir, espérant revoir G. ou rencontrer la fameuse Satine. L'espoir fait vivre bien sur mais elle n'y croit pas trop: elle vient de revoir Moulin rouge et l'éventualité d'une fille dont le prénom serait réellement Satine est infime... Tant pis!

# Posté le dimanche 02 mars 2008 14:59

Correspondance à sens unique



« J'ai reçu une lettre, il y a un mois peut-être. Arrivée par erreur, maladresse de facteur... je l'ai jetée bien sur, mais depuis j'y pense sans cesse, c'est pour ça que j'ai la tête ailleurs...! » Hadriel rêvait de servir cette phrase à tous qui la traitaient de tête en l'air. Elle n'aurait jamais avoué en avoir reçu plus d'une, ils auraient pris l'expéditeur pour un psychopate et elle n'aurait plus rien eu dans la boîte. En plus ça révélerait ses doutes les plus enfouis. Non, ce n'était pas un fou furieux qui envoyait ces lettres, c'était un gentil, peut-être même une femme... mais elle détestait mentir et servir cette phrases aux curieux aurait été un vaste mensonge, tout d'abord ce n'était pas une erreur de facteur, elle était bien la destinataire, son nom figurait sur la première enveloppe comme sur la dernière, figurerait sur les suivantes. Elle ne l'avait pas jetée non plus, loin de là elle les conservait toutes pieusement dans un tiroir duquel elle gardait la clef contre son sein. Le fait d'avoir un secret aussi tangible la secouait joyeusement. Quand la confiance la quittait elle serrait la précieuse clef dans son poing alors l'idée de valoir quelque chose pour une personne au moins la revigorait. Pourtant cette histoire avait ses mauvais côtés, comme tout, elle n'écoutait plus en cours, elle restait distante avec ses amis, toujours plongée dans on ne sait quoi, sur son nuage épistolaire. Mais c'était son secret tout ça.
Ça lui avait fait peur au début de recevoir une missive adressée à elle par on ne sait qui, l'auteur connaissait son nom, son prénom, son adresse, il aurait pu débarquer ici n'importe quand. La troisième lettre avait failli la faire déchanter. Elle avait néanmoins tenu bon, se rassurant en disant que recevoir des lettres -même si elle ne pouvait y répondre, faute d'en connaître l'expéditeur - ça n'avait rien de bien méchant. Plus d'un mois maintenant qu'elle avait ouvert la première, pleine de curiosité: aucun de ses amis ne lui avait jamais envoyé de lettre! Ils détestaient tous ça, alors qui? Elle ne connaissait toujours pas la réponse mais ça ne faisait plus rien. La première elle l'avait ouverte avec curiosité, la seconde avec méfiance, tout comme la troisième, elle avait peur qu'une chose horrible sorte de l'enveloppe, un diable, un poison,... rien ne s'était jamais révélé nocif, alors depuis, elle les ouvrait en hate, déchirant toute l'enveloppe, avide de lire la suite. Parce que c'était une suite, chaque epître contenait un chapitre. Les chapitres d'un roman qu'elle dévorait chaque foi avec de plus en plus de fièvre. Quand le facteur passait c'est à peine si elle lui disait bonjour, pourtant il était charmant ce facteur, il devait avoir son age en fait, il faisait des efforts considérables pour capter l'attention de la lectrice, en vain: elle était trop excitée à l'idée d'avoir enfin la lettre suivante. Quand il ne l'avait pas il réussissait rarement, mais quelques fois pourtant à lui arracher quelques mots, feignant de ne pas voir sa moue déçue. Un matin, elle descendit jusqu'à lui, échevelée, à peine sortie du lit, elle était en vacance, toujours impatiente d'ouvrir un nouveau courrier qui n'arriva du reste que le lendemain. Ce n'était pas le facteur qu'elle voulait voir, il le comprit bien vite, c'était surtout qu'elle voulait avoir son courrier dès qu'il arrivait. Pour illico remonter chez elle, dépeçant fébrilement le pli de son enveloppe.
Toujours tapé à l'ordinateur, soit par soucis de lisibilité, sinon pour qu'on ne reconnaisse pas l'écriture, les couleurs changeaient néanmoins. Jamais deux n'avait la même teinte, à chaque chapitre sa couleur. En en attendant un nouveau elle les relisait, les classait, elle finit par inventer une couverture sobre, en fit un manuscrit qu'elle mettait occasionnellement à jour. N'en pas pouvoir parler la faisait vibrer, c'était son secret à elle seule, personne d'autre ne recevrait pareille correspondance. Y pensant sans cesse elle se surprit même une foi à écrire la suite pendant un cours. Le mystère qu'elle paraissait entretenir en séduisit plus d'un. Son air rêveur, ses cachotteries, plutôt que de lui faire perdre ses amis, cela consolida leur amitié. Ils acceptèrent tous qu'elle ait un secret, ils n'en parlaient pas et finirent par s'accoutumer au fait qu'elle réponde souvent à côté à une question. Certains voulurent lui faire avouer mais n'en revinrent que déçus, la rumeur qu'elle avait un amoureux commença à partir mais s'arrêta bien vite, faute d'une quelconque réaction de la part de l'interessée. Ils étaient tous à des milles de sa véritable aventure et l'extravagant de celle-ci lui apparaissait d'autant plus, c'était délicieux. Vers le 20ème chapitre l'idée que cela puisse finir lui vint. Un jour le livre serait bouclé, aucun roman n'est infini, ce serait trop ennuyeux. Un jour il lui faudrait donc se rendre et ne plus rien trouver dans la sacoche du facteur. Ceci lui parut insupportable. Elle s'était tellement attachée, habituée à réceptionner ces merveilles qu'elle ne pouvait s'en passer. Hadriel se mit donc à broyer du noir, cette détresse se voyait tant que Nihande insista vivement pour connaître les raisons de cette affliction. Nihande était si persuasive - elle était également sa plus vieille connaissance, celle en laquelle elle avait une confiance totale – qu'Hadriel lui révéla à mi-voix son fantastique secret. Nihande qui savait y faire ne quémanda pas le droit de lire le manuscrit, c'était le jardin secret de son amie, elle le respectait. C'est elle qui persuada Hadriel de rechercher l'auteur « regarde sur la prochaine enveloppe, le tampon de la poste... ». c'était une excellente idée bien sur, Hadriel s'en voulut presque de n'y avoir pas pensé plus tôt. Mais alors tout serait très simple, elle n'aurait qu'a retrouver grâce au tampon la ville d'expédition, s'y rendre et... frapper à toutes les portes jusqu'à retrouver son correspondant anonyme. La pensée d'y trouver un dangereux psychopate ne l'effleura pas. Une chose formidable illumina d'ailleurs encore plus vivement ses projets: les lettres étant lourdes, il y avait certainement un timbre spécial, elle attendrait donc que quelqu'un vienne à la poste de départ acheter ces timbres. Le dernier chapitre arriva. Absence totale de timbre, de tampon, seulement l'adresse, la sienne, tapée sur un autocollant collé sur l'enveloppe. Le chapitre était écrit de la même couleur que le premier. La boucle était bouclée, sans elle.

# Posté le dimanche 02 mars 2008 14:57